Martine Destribats

Noirs, les terrils des mines de Belgique, sombres le ciel et la précarité et la fuite de tous les dangers, et la traversée de la nuit…comment oublier la Grèce ? Pour la petite famille, le voyage a commencé, il est sans fin…

Le père, resté au pays natal, pourra la rejoindre un jour pour renaître à son tour dans l’exil et le sacrifice.

Rouge, le sang qui coule sur les visages hagards des mineurs blessés lors d’un coup de grisou, ces hommes qui viennent d’échapper à la mort devant l’enfant qui vient de fuir la sienne. Sa vocation s’impose alors comme une évidence : Evangeli sera peintre -pour témoigner de la souffrance de la vie humaine, de sa fugacité et de sa beauté –

Pour l’enfant-artiste, pas d’autre issue qu’exprimer, raconter, exorciser. Peindre la souffrance humaine, est-ce possible ? Dire la beauté du monde quand même, l’or du soleil, l’azur du ciel perdu, le rouge ardent du sang et de l’amour…

Alors, des années d’études artistiques, de retraites et de pérégrinations viennent enrichir sa vie d’expériences uniques au service de son imaginaire et de ses créations.

Ainsi, les anges secourables aux radieuses couleurs, témoins d’un autre espace-temps, se penchent vers les hommes accablés pour les porter, hommes aux yeux immenses et interrogatifs, brûlants de la nostalgie de l’âme, ou clos sur son mystère…La palette peut se faire tendre, lumineuse comme un vitrail, énigmatique (« Pureté », couronnée d’épines) ou noire pour montrer l’horreur, le vide et la détresse des « morts-vivants » ou du « prisonnier du monde ».

A ne jamais prendre au premier degré. Le mystère s’inscrit dans ces tableaux qui laissent méditatif.

La créativité fougueuse et dynamique d’Evangeli se déploie dans des toiles tantôt prémonitoires, joyeuses ou graves, des reikis lumineux aux nuances irisées, d’étonnantes boîtes artistiques, des feuilles d’anges assignées chacune à un portrait, des sculptures et bijoux insolites, impertinents, toujours signés d’originalité.

Des phrases mystérieuses scellent les oeuvres de secrètes bénédictions. On n’a jamais fini de regarder, c’est comme si on oubliait quelque chose. L’invisible se fait palpable, murmure gracieux d’un poétique geste. Agent de forces mystiques, médium d’un autre plan, Evangeli nous entraîne, par sa profonde sensibilité et son talent exubérant, dans son monde à lui, celui des symboles cachés, des messages d’amour éternel et de beauté, précieux comme des signes d’espoir dans le chaos actuel du monde.

Martine Destribats

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