Books of Papa

Les livres de Papavassiliou – Illustrations et écrits

L’attouchement des âmes, leur communion, en acceptant comme Rilke ce qui advient, le Terrible et le Beau, telle est l’aspiration, tel est le mystère éminemment intériorisé de cet artiste qui dit se connecter à Dieu avant de peindre et déclare qu’être crucifié, c’est ce que nous demande l’art pour naître aux yeux du monde. Ainsi s’acheminent lentement la vie et l’oeuvre d’Evangile Papavassiliou, en résonance de fraternité et en quête jamais assouvie d’unité et d’universalité. Ces projections picturales des grandes ambiguïtés de la nature humaine forcent l’interrogation: distance et retenue dans la joie, arrêt extatique dans l’adoration et surtout dignité intense dans la douleur …


Pour se plonger dans le monde particulier d’Evangile Papavassiliou, il suffit pour cela de se laisser interpeller par le mouvement présent dans toutes ses toiles. Vertige du temps qui passe ou simplement reflet d’une société où tout va trop vite, elles proposent une vision sensible et souvent douloureuse de l’être humain.

Nathalie Husquin,
Journaliste.


Préface de Raymond Duvigneaud

L’attouchement des âmes, leur communion, en acceptant comme Rilke ce qui advient, le Terrible et le Beau, telle est l’aspiration, tel est le mystère éminemment intériorisé de cet artiste qui dit se connecter à Dieu avant de peindre et déclare qu’être crucifié, c’est ce que nous demande l’art pour naître aux yeux du monde. Ainsi s’acheminent lentement la vie et l’ouvre d’Evangieli Papavassiliou, en résonance de fraternité et en quête jamais assouvie d’unité et d’universalité.
Ces projections picturales des grandes ambiguïtés de la nature humaine forcent l’interrogation : distance et retenue dans la joie, arrêt extatique dans l’adoration et surtout dignité intense dans la douleur.
Les souvenirs s’entremêlent et s’entrechoquent, avivant l’inspiration. Affleurent les premières années de l’enfance en Grèce, la généalogie familiale des popes, les longues et lancinantes liturgies, les prières d’Orient, les ors des églises, les icônes et les pieux encensements ; la grand-mère YaYa, au visage raviné, si malade, si pauvre, si chrétienne, aux habits plombés et tisonnés, la tribu des tantes et le rappel si pénible de l’oncle militant fusillé par les allemands pendant la guerre. Rigueur, austérité, solidarité, résignation autour de la table orthodoxe. Noblesse des signes de croix devant le pain. Et puis, à l’âge de six ans, l’exil en Belgique, après de misérables pérégrinations en Allemagne et en Angleterre. La faim, la véritable faim et le froid. Le père devient mineur. Beaucoup de privations et si peu d’espérance.

Papavassiliou Family

Papavassiliou Family

Terribles souvenances des coups de grisou : les vitres des habitats secouées ou volant en éclats et toutes les failles courant à la mine, étreintes par l’angoisse et la peur au ventre. Et lui, le petit grec, agrippé aux barreaux de fer du charbonnage du Hasard (Retinne) impressionné à vie par ces visages noirs sur lesquelles le sang coulait. L’encre et le feu.

La décision : « je serai peintre et je prouverai la valeur des humbles ».

S’ensuivent les études d’art, la fréquentation des Académies de Bruxelles en gravure, Boitsfort en peinture monumentale et Molenbeek en peinture et histoire de l’Art, les débuts figuratifs et bleutés qui peu à peu font place à une période d’expressionisme lyrique et haletant (de 1990 à 2000) : aux couleurs brutes répondent des atmosphères hachées, arrachées, déchirées. Un souffle tourbillonnant d’une vigueur exceptionnelle essore la vie la souffrance et la mort. La synthèse gicle sur la toile, sur le support, quel qu’il soit. L’artiste pressent que seule la spiritualité permet de transcender l’éphémère et le destin inéluctable de notre corps, de notre carcasse appelée à subir un jour le même sort que celui des momies de Palerme. Le rouge et le jaune se greffent sur le noir. Fulgurance de la mort festive ! Les cris (1992) et Les Grand cris, ceux des œuvres monumentales. Vision ambitieuse, sincère et douloureuse.
Puis, le recentrement mystique, toujours latent, toujours désiré, se fait pressant et explose. L’état de la grâce. La lumière dissipe les ténèbres. Les jaunes deviennent radieux, merveilleusement caressants, apaisants, inspirants et la Cordelière des Anges (2007), toute proche, effleure délicatement l’âme d’Evangeli. Retrait du monde, allégresse et révérence, continence, rires et pleurs de dévotion, pur amour dans les bras de Dieu. Les intimes sont et seront pour toujours sainte Thérèse d’Avilla, saint François d’Assise, saint Augustin, le grand pécheur et même Lao Tseu, Ma Ananda Mayi, maître Philippe. Les livres de spiritualité et de philosophie ne quitteront plus jamais la bibliothèque et le cœur de l’artiste. Ni les anges toujours présents dans sa vie. Les anges, messagers et accompagnateurs, qui tantôt les yeux ouverts, hors du temps, hors de l’espace, dans la douceur flottante de l’invisibilité, semblent nous observer, nous interroger, nous fixer, nous demander si nous avons correctement disposé de nos rêves, de notre discernement, si nous sommes suffisamment vibrants de clarté et de lumière, tantôt las paupières closes, nous incitent à faire de même, à patienter, dans le respect d’un merveilleux silence où réside tant de bien et où repose la certitude de tant d’heureux exaucement.
L’installation d’un atelier en Ardenne, à Carlsbourg, en 2005 inaugure un retour aux sources, aux voyages, aux exercices pratiques d’amitié et de fraternité. Apparaissent sur la toile l’enfant, le Clown aux hémifaces ironiques et macabres (2006), Les Musiciens (2007), l’Ecole des Devoirs (2008) et d’autres, toujours scrutant; la couleur orange se fait de moins en moins timide, plus expansive. Ennoblir le visible afin d’y peindre l’invisible. Rien n’est renié du sacré des états antérieurs, mais l’approche est plus terrestre, un peu moins angélique. Tout s’organise et se décante dans la maturité et la maîtrise.
L’essentiel est que l’œuvre soit une « présence ».
Y contribuent des techniques extrêmement riches et variées en dessin, peinture, sculpture, gravure, lithographie, céramique, collages, créations de bijoux et travail sur verre qu’il serait fastidieux de citer en détails. Seule exception, provisoirement sans doute : la sculpture de la pierre au burin…
On notera la valeur que l’artiste attache à « ses petits secrets », ces superpositions impossibles à copier, par exemple des peintures sur des lithographies ou sur des vielles actions dénichées dans les fonds de grenier. Un ange sur un titre au porteur 2006.
Rebus et massages codés, ajours de textes lisibles ou de cryptogrammes. L’ensemble doit toujours « être parlant ».
Les maîtres élus et admirés, les premiers de sa cordée durent, entre autres, en peintures Léonard De Vinci, Rembrandt, Soutine, Schiele, en sculpture Rodin, Giacometti, Picasso, en musique Vivaldi, Bartók, Bach, en littérature Rilke, Goethe, Shakespeare et en chanson française Brel, Brassens et Ferré.
Et c’est dans la béance de ces augustes compagnies qu’Evangeli Papavassiliou, non sans peine et souffrance mais avec dignité, lourd de sa condition humaine, s’est engouffré.
Il sait que, dans son cheminement, la méditation doit précéder les ouvres et les vertus et que c’est en aspirant les résonances intérieures et extérieures, en se concentrant sur la vérité immuable, celle qui existe sans croître ni décroître ni subir aucune changement dans les trois périodes du temps et au-delà, qu’il lui est possible, par l’art, de se débarrasser de l’affliction et d’irradier la beauté, l’espérance et l’amour.

Raymond Duvigneaud
Médecin homéopathe
Écrivain et poète